Bâtir la santé, un foyer à la fois

Pays
Pakistan
Erum, Area In-Charge.

À travers le Pakistan, des milliers d’agents de santé de première ligne, dont une grande majorité de femmes, font du porte-à-porte pour s’assurer que les enfants reçoivent les vaccins antipoliomyélitiques qui peuvent leur sauver la vie. Leur travail exige de la patience, de la persévérance et, par-dessus tout, la capacité d’instaurer la confiance avec les familles des communautés qu’elles servent.

Chaque mois de mars, alors que le monde célèbre la Journée internationale des droits des femmes, nous sommes rappelés que reconnaître la contribution des femmes ne peut se limiter à une seule journée. Cette occasion nous invite à réfléchir à l’engagement de toute une vie nécessaire pour faire progresser les droits, la dignité et les possibilités offertes aux femmes partout dans le monde.

Dans les communautés du Pakistan, cet engagement est incarné par les femmes qui portent le droit à la santé de porte en porte. Leur travail illustre un principe fondamental de la communication pour le changement social et de comportement (CCSC) : un changement durable commence par la confiance, le respect et le lien humain. Erum, responsable de zone (Area In-Charge) au sein du programme de lutte contre la poliomyélite, est l’une de ces femmes.

Erum n’a pas terminé sa scolarité et n’a pas réussi ses examens de fin d’études secondaires. Lorsqu’elle a rejoint le programme pakistanais de lutte contre la poliomyélite à Gulzar-e-Hijri, district Est, Karachi, Sindh, elle ne se voyait ni comme une militante ni comme une actrice du changement. Elle était simplement une mère qui cherchait à subvenir aux besoins de sa famille.

Son propre enfant est né sourd et incapable de parler. Elle savait ce que signifiait vivre dans l’incertitude, naviguer dans un monde qui n’était pas toujours conçu pour son enfant, et plaider pour des soins quand d’autres revoyaient discrètement leurs attentes à la baisse.

Au début, le programme n’était qu’un travail, mais au fil des sessions de sensibilisation et de formation, quelque chose a commencé à changer. Erum a compris que l’éducation n’était pas un privilège réservé à d’autres. C’était un outil. Si elle comprenait les vaccins, l’immunité et la prévention, elle pourrait aider les autres à les comprendre. Si elle savait expliquer la science avec des mots auxquels les familles font confiance, elle pourrait contribuer à protéger les enfants avant qu’un handicap n’ait la moindre chance de s’installer.

Elle s’est mise à apprendre par elle-même de nouvelles compétences. Elle a étudié l’anglais pour mieux comprendre les supports techniques, et elle a appris le bengali afin de pouvoir s’adresser directement aux familles dans leur propre langue. Elle s’exerçait tard dans la nuit. Avec le temps, la femme qui doutait jadis de sa propre instruction est devenue une personne vers qui les voisins se tournaient pour demander conseil.

Bâtir la confiance ne s’est pas fait en un jour. Des portes se fermaient parfois avant même qu’elle puisse terminer une phrase. Certaines familles balayaient ses préoccupations, d’autres craignaient que le vaccin ne cause du tort. Malgré tout, Erum continuait de revenir. Elle parcourait souvent de longues distances sous la chaleur pour visiter les ménages encore et encore.

Lorsque des familles refusaient la vaccination, elle ne repartait pas toujours immédiatement. Elle restait et écoutait. Elle aidait à de petites tâches ménagères, consolait les bébés en pleurs et discutait avec les parents de la santé de leurs enfants. Les semaines se transformaient parfois en mois. Peu à peu, les refus se sont mués en conversations, et les conversations en acceptation.

Sa persévérance puisait sa force dans l’empathie. Erum s’était battue pour obtenir un implant cochléaire pour son propre enfant, et elle savait combien il était important de protéger les enfants des problèmes de santé évitables chaque fois que cela était possible. Chaque conversation avec une famille lui rappelait pourquoi ce travail comptait.

Les femmes comme Erum ne se contentent pas d’administrer des vaccins. Elles construisent la confiance qui rend la vaccination possible. Leur travail nous rappelle que l’éradication de la poliomyélite ne dépend pas seulement des vaccins, mais aussi de l’écoute des communautés, du respect de leurs préoccupations et de la reconnaissance des femmes qui reviennent, encore et encore, pour protéger les enfants.